26 avril 2017

Webedia, le nouveau poids lourd du tourisme en France ?

Grosse actualité ces dernières semaines autour des sites de référence du Voyage et de la destination France. On pourrait résumer toute cette activité en un seul mot : Webedia. Le portail d’infotainment vient en effet de se payer la part du lion dans le web touristique !

ETFS - 201506 - Webedia Easyvoyage
Tout d’abord, tout début Juin, c’est le site Easyvoyage qui a annoncé une prise de participation de 57% de Webedia dans son capital. Cela fait longtemps qu’Easyvoyage misait sur l’éditorial pour marquer sa différence face aux gros acteurs de la distribution des voyages (Lastminute, Odigeo, Expedia – en gros) et que le portail cherchait à s’allier à un acteur « différent » pour éviter un regroupement consanguin avec un autre acteur du Travel. Easyvoyage reste un acteur atypique dans le paysage français, le rapprochement avec Webedia est logique dans ce contexte.

Avec ce mouvement, ce qu’on annonçait fin 2014 continue de se réaliser. Les acteurs du voyage « digital », comprendre OTA et comparateurs qui n’ont pas pignon sur rue, continuent de se consolider. Ecotour, Lastminute en Europe sont tombés sous le girons de grosses plateformes, Orbitz aux USA a pris le même chemin. Sans aller vers le duo-pôle Priceline/Expedia que certains prophétisent, la consolidation du secteur est bien en marche.

Le Bon Guide
Deuxième mouvement de Webedia au cours de ce mois : Le Bon Guide. Les annonces et analyses se sont multipliées depuis la conférence de presse de Laurent Fabius il y a bientôt deux semaines. Pour faire simple, disons que Webedia vient de préempter toute légitimité sur la promotion de la destination France à destination des Français. Rappelons que, de mémoire, ce sont 55% des Français qui choisissent plus ou moins librement de partir en France chaque année. Le marché est donc là. Pour assurer ce positionnement incontournable, Webedia a réuni dans son jeu quatre atouts de poids :

  • Une légitimité politique : qui mieux que le ministre du Tourisme lui-même pour incarner le projet ? Un lancement en grande pompe du portail assure au moins sa visibilité auprès de la presse, des acteurs privés et institutionnels. La pertinence de la plateforme peut difficilement être remise en cause quand elle est présentée par un tel ambassadeur.
  • Des alliances privées solides : la position apolitique de Webedia, et son rôle d’apporteur de contenu, lui assure une neutralité bien confortable dans le secteur touristique. Pas de problème de concurrence sur le secteur de l’hébergement – l’éternel caillou dans la chaussure de Voyages-SNCF – et pas de moyen de transport à privilégier dès que l’on parlera itinéraire ou déplacement. Cette apparente neutralité a déjà ouvert au portail des partenariats de choix : le groupe Barrière et Voyages-SNCF pour ne citer que les principaux.
  • Un engagement auprès des institutionnels : et pour autant, Webedia ne remet pas en cause le vieux poncif qui veut que OT et institutions soient les meilleurs ambassadeurs et connaisseurs d’un territoire. Le Bon Guide annonce d’ailleurs clairement un partenariat avec les destinations Ariège et Morbihan dès son lancement. Outre le fait de montrer patte blanche, ces partenariat vont grandement simplifier l’accès à l’information pour le portail !
  • Une capacité inégalée à produire du contenu : sans conteste ce qui fait le moins de doute, Webedia a une capacité à produire du contenu que très peu d’acteurs égalent. C’était pour moi l’une des lacunes – avec l’offre commerciale exhaustive – de Voyages-SNCF lors de ses annonces d’avril dernier. Webedia a depuis longtemps résolu le souci avec un armé de contributeurs amateurs, passionnés et plus ou moins doués, mais également avec ses capacités sans précédent à mobiliser du Brand Content. Vous vouliez du guide local ? Vous pouvez être certains qu’avec Le Bon Guide, vous allez en avoir au kilo !

Tout ça apparaît plutôt comme une bonne nouvelle pour la destination France, Webedia ayant réuni en fond propre, via des soutiens publics ou des partenariats, des moyens jamais vus pour promouvoir le tourisme au sein de l’Hexagone. Et pourtant, l’annonce pose quelques questions délicates.

ETFS - 201506 - Webedia Tourisme FR
D’abord, la place des institutionnels et notamment de la FNOTSI – voire du RN2D ou des régions. Les Offices de Tourisme de France avaient déployé d’importants moyens pour redéployer Tourisme.fr, ces efforts semblent dérisoires face au rouleau compresseur de Webedia. Si Le Bon Guide devient l’étendard annoncé du tourisme français, il ne reste aux institutionnels qu’un rôle de coordination et d’animation des territoires. C’est extrêmement important, mais s’ils ne préempte pas la prise de parole aux touristes en phase de « conception » du voyage, ils ne seront que les réalisateurs de la promesse de Webedia. Portrait caricatural, la présence du Morbihan et de l’Ariège au lancement du Bon Guide montre une réalité bien plus complexe. Mais il est certain que de ce partenariat peut découler énormément d’actions.

Deuxième souci, Webedia n’a pas à prouver sa capacité à attirer des Internautes et à rentabiliser son contenu. L’entreprise est saine tant que les stratégies de contenu seront au coeur de la communication du voyage, autant dire pour très longtemps. Le Bon Guide risque donc d’avoir un poids non négligeable dans l’écosystème digital touristique. Et cette position majeure sur le secteur ne risque-t-elle pas d’appauvrir le contenu de la destination France, d’uniformiser l’offre présentée aux Internautes et de faire du Bon Guide un canal obligatoire de promotion au même titre que Google ? La dictature de l’audience et de la rentabilité ne risque-t-elle pas de s’imposer aux comités de rédaction des destinations ? Un peu comme Google s’impose via la recherche sémantique ? Espérons que non.

Dernier point non résolu : le rôle du Bon Guide à l’international. La promotion de la France à l’international est un sujet éminément complexe, porté encore un fois par de multiples acteurs. Le rôle de Webedia dans la présentation du pays aux touristes étrangers n’est pas clair. Attendons.

Attention, loin de moi l’idée de condamner l’initiative Webedia, d’autant qu’un acteur se donne pour la première fois les moyens réels de ses ambitions. Seulement, les question sont nombreuses et les lignes bougent vite. On ne pourra plus penser Tourisme en France sans penser à Webedia, c’est évident. Quelles conséquences à moyen terme ? Difficile à dire, mais on suivra ça de près !

A propos François Houste 418 Articles
Ange Gardien Numérique Ancien journaliste et chef de produit en hébergement digital. Aujourd'hui Directeur Conseil au sein d'une agence marketing. François travaille avec ses clients à mieux appréhender la révolution numérique et son impact sur le quotidien. Technophile, enthousiaste, nourri de web, de fun et de musique.
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