24 août 2017

Partage, Automatisation, Destination… imaginer gares et aéroports de demain ?

Les différentes révolutions, d’usage et technologiques, qui touchent le monde du voyage n’épargnent pas le secteur du transport. Loin de là.
Que l’on parle des nouvelles aspirations des voyageurs ou du tsunami annoncé des objets connectés… tous les mouvements associés au monde digital qui bouleversent actuellement la façon de consommer du voyage vont modifier dans les années à venir la façon de concevoir gares et aéroports. Un petit point sur quelques-unes des révolutions qu’on voit d’ores-et-déjà se dessiner.

Les usages : le collaboratif en force

On va d’abord parler de l’évolution des usages. Transports et hébergements ont vu l’arrivée en force des plateformes collaboratives ces dernières années, il est naturel que celles-ci aient un impact sur les hubs de transports.

Parmi les usages qui se démocratisent, ce sont ceux liés à l’automobile qui sont les plus populaires, et notamment la location de voitures entre particuliers. A l’image de deux start-ups françaises, TravelerCar et Tripndrive, qui proposent aux voyageurs de louer leurs véhicules le temps de leur séjour. Un principe d’utilisation extrêmement simple :

Vous partez deux semaines en Thaïlande ? Plutôt que de laisser votre voiture à l’aéroport, ces deux plateformes vous proposent de la mettre à disposition d’un autre voyageur qui pourra ainsi circuler librement lors de son séjour en France. L’avantage pour le propriétaire du véhicule ? Un parking moins cher – voire gratuit – alors que les stationnements en aéroport sont réputés chers, mais également des bénéfices financiers en cas de location réelle. Une bonne affaire qui peut faire repenser le coût global d’un voyage.

ETFS - 201511 - Aéroport-Gare WeCab
Dans le même état d’esprit, une plateforme comme WeCab – à l’initiative des Taxis G7 – permet de mutualiser un trajet en taxi entre plusieurs clients. Le service prend tout son sens pour l’accès à un aéroport, destination commune par excellence.

La valeur sociétale de ses services de partage est importante. Elle contribue notamment à diminuer la quantité de véhicules en circulation vers les gares et les aéroports, et à mieux répartir l’occupation des parkings de ces hubs de transport. On reste sur des évolutions d’usage « légères » qui ne chamboulent pas aujourd’hui le fonctionnement même des aéroports et des gares, mais qui préfigurent déjà ce que pourrait être un transport collectif-individualisé demain.

Vers l’automatisation de l’intermodalité

En fait, la vraie révolution qui se prépare concerne l’automatisation des transports, et l’ensemble de ce que la robotique peut apporter à l’intermodalité. Deux aspects à garder en tête dans ce domaine : l’automatisation pure des transports et l’utilisation de robots comme facilitateur pour l’usager.

ETFS - 201511 - Aéroport-Gare EasyMile
On a abordé en longueur le premier sujet il y a quelques semaines. Les expériences d’un Google, Apple ou Tesla montrent bien que la voiture autonome est sur la bonne voie, même si elle ne remplacera pas les automobiles classiques dans l’immédiat. La Génération Y achète toujours des voitures, la législation a encore du chemin à faire et les intelligences artificielles ont encore des progrès à faire pour prévenir tous les comportements des humains. Les solutions de véhicules en sites propres, ou restreints, comme Navya ou EasyMile – société de robotique ayant noué un partenariat avec Ligier – semblent pour l’instant plus accessibles que la voiture autonome du particulier.
Là encore, l’usage qui se dessine pour ces navettes automatiques est une sorte de transport collectif personnalisé. A savoir que non seulement les intelligences artificielles de ces véhicules seront capables de conduire seules dans un environnement sécurisé, mais qu’elles devraient être capable d’adapter un itinéraire à une demande prise en charge particulière.

On rejoint les fonctionnalités que pourrait avoir un WeCab, ou mieux un Wayz-Up. Cette start-up dédié au co-voiturage promet non seulement des trajets conviviaux et économique, comme BlaBlaCar, mais surtout une optimisation des temps de transports en fonction de la circulation et des possibilités de transport en commun et d’interconnexion. Des possibilités qui équiperont forcément à terme les véhicules autonomes.

Mais pour l’instant, la voiture autonome ne fait pas partie de notre quotidien et d’autres entreprises pensent à l’automatisation des plateformes de transport de manière très avancées. C’est le moment de parler de Stanley Robotics dont le projet Stan pourrait bien révolutionner à court terme le parking urbain. Plutôt que d’envisager un véhicule autonome à part entière, Stanley Robotics a créé un robot capable d’optimiser le parking dans des endroits confinés.

L’idée est simple. A votre arrivée sur un parking, vous laissez Stan prendre en charge votre véhicule. Le robot est en fait une plateforme pouvant soulever un véhicule et l’emmener en totale autonomie jusqu’à une place de parking définie. Le pilotage robotique rend bien entendu les manœuvres plus faciles et permet d’augmenter de 30% à 60% la capacité de stockage d’un parking. De plus, les robots n’ayant besoin ni de lumière ni d’oxygène, les économies en termes d’énergie seront nombreuses pour les opérateurs utilisant cette solution. Stanley Robotics est en cours de déploiement de ses premiers parkings équipés, en partenariats avec quelques aéroports nationaux, et les bénéfices réels en termes d’usage devraient bientôt être connus.

Et demain, des gares et des aéroports comme destination ?

Mais la plus grande mutation des aéroports et des gares, c’est avant tout leur rôle. Les gares urbaines se transforment depuis quelques années en véritables centres de vies. On l’a vu à Paris avec la restauration complète d’une gare Saint-Lazare aujourd’hui à mi-chemin entre centre commercial et centre de transport. Les aéroports suivent la même tendance et l’ouverture d’un Aéroville – centre commerciale haut-de-gamme – à proximité de l’aéroport Roissy Charles-de-Gaule n’a en ce sens rien d’un hasard.

Car si les aéroports et les gares entament leur mutation sur l’accessibilité, c’est aussi pour devenir plus facilement des centres de loisir plutôt que des catalyseurs de stress. Les aéroports développent des antennes des musées – le Louvre à Roissy – des centres de loisirs, des hôtels plus conviviaux et pratiquesle concept Nomad encore une fois à Roissy – pour retenir le voyageur plus longtemps et nouer une relation plus longue et profitable avec lui. Le passage par l’aéroport n’est ainsi plus vécu comme une contrainte mais comme une extension du temps de loisirs ou du temps utile (voire les business lounges).

La gare suit la même logique. C’est ainsi que la ville d’Arnhem, aux Payx-Bas, s’est dotée d’une nouvelle gare centrale à l’architecture moderniste. Ici, il est non seulement question de moderniser le lieu, mais également de faire d’Arnhem une destination à part entière. Arnhem est traditionnellement un lieu de correspondance sur la route d’Amsterdam. En se dotant d’une gare ultra-moderne, la ville espère dérouter une partie des voyageurs de loisirs en transit, le temps d’une escale, pour leur faire découvrir la ville. Comme si la gare ou l’aéroport devenait une destination à part entière ? Et pourquoi pas.

A propos François Houste 418 Articles
Ange Gardien Numérique Ancien journaliste et chef de produit en hébergement digital. Aujourd'hui Directeur Conseil au sein d'une agence marketing. François travaille avec ses clients à mieux appréhender la révolution numérique et son impact sur le quotidien. Technophile, enthousiaste, nourri de web, de fun et de musique.
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