21 août 2017

Voyages-SNCF se rêve en partenaire privilégié de l’économie collaborative.

Il est peu probable que vous ayez raté cette actualité hier, dans votre revue de presse : Voyages-SNCF continue son offensive sur les usages et lance des associations de grande ampleur avec des acteurs structurants de l’économie collaborative. Trois partenaires en ligne de mire :

  • Kidygo, start-up spécialisée dans le voyage des enfants non-accompagnés. Voyages-SNCF propose à ses clients habituels de devenir accompagnateurs le temps d’un trajet et de prendre en charge un enfant de son départ à son arrivée en gare. En échange, l’accompagnateur bénéficiera de réductions sur le lignes SNCF.
  • OuiCar, start-up de partage de voitures associée à la SNCF depuis longtemps. Ici, on propose aux clients de laisser leur voiture à disposition d’autres voyageurs le temps de leur séjour, et d’être rémunérés pour ce prêt. Un modèle qui rappelle le déploiement de TravelerCar et de TripnDrive dans les gares et aéroports.
  • Enfin Airbnb, le partenariat le plus polémique. Voyages-SNCF pousse ses clients à laisser leur appartement ou leur maison à disposition d’hôtes Airbnb le temps de leur déplacement, et présente encore une fois cette proposition comme une source de revenu où un allégement du coût du voyage.

Trois partenariats assez structurants pour l’opérateur ferroviaire, et surtout logiques puisqu’ils s’articulent tout autour du parcours client sans empiéter le moins du monde sur le trajet en train. On savait que Voyages-SNCF lorgnait sur le secteur de l’économie collaborative, surtout par le biais d’investissements. Mais là, la communication opérée le weekend dernier montre bien à quel point l’offensive est lancée !

ETFS - 201512 - VSC Kidygo
Pour l’anecdote, on notera d’ailleurs à quel point l’ADN de communication de Voyages-SNCF est en train de changer. Le revendeur est habitué à utiliser sa communauté proche dans sa communication, comme il l’avait fait l’année dernière dans l’évènementialisation des week-ends par le biais de blogueurs. Mais là, VSC a décidé de squeezer purement et simplement sa communication corporate pour diffuser d’abord son partenariat aux clients. Ainsi, certains usagers étaient au courant de l’offre dès samedi matin, après une réservation sur le site, alors que la presse n’aura vu arriver l’actualité que plus tard dans le weekend. Voyages-SNCF applique désormais les recettes de communication de l’économie collaborative pour informer clientèle et partenaires. Animer sa communauté devient crucial, comme cette animation est cruciale pour Airbnb ou BlaBlaCar… La méthode est pleinement maîtrisée par VSC, gageons qu’elle fera des émules !

Mais pour revenir au coeur du partenariat, on sait bien que les collaborations entre économie traditionnelle et économie du partage vont forcément se multiplier dans les mois à venir. Les consommateurs ont pris l’habitude de voyager de manière alternative, ou de profiter d’économies et de revenus complémentaires sur certains aspects de leurs voyages. On a longuement détaillé les interactions possibles entre le vieux et le nouveau monde ici même : mariage forcée entre hôtellerie et collaboratif, rachat d’HomeAway par Expedia, changements imposés dans l’écosystème des aéroports… Autant de signes, qui loin d’être alarmants, démontrent un écosystème dynamique et en pleine mutation.

ETFS - 201512 - VSC OuiCar
Que Voyages-SNCF s’inscrive dans cette logique n’a rien d’étonnant. Le portail est en avance sur la co-création et la collaboration avec ses clients, a déjà investi massivement sur des technologies et des acteurs de l’économie du partage (OuiCar notamment)… le rapprochement avec quelques mastodontes de l’économie collaborative est une étape logique qu’il ne sera certainement pas le seul à franchir.

Ce qui est intéressant, c’est surtout le modèle de l’approche. La complémentarité des expériences proposées.
Voyages-SNCF aurait pu proposer un énième prestataire d’hébergement en valorisant Airbnb, ou une nouvelle offre de location de voiture en présentant OuiCar… Mais non, VSC se positionne du côté de son client et surtout du côté de l’accessibilité du voyage. C’était déjà le créneau de lancement des Instants-V (ces billets groupés TGV/Loisirs) en 2014 : faciliter les loisirs. Ici, Voyages-SNCF propose à ses clients de générer des revenus en proposant leur appartement ou leur voiture à la location, ou en accompagnant un enfant voyageant seul. Ils proposent à ses usagers de développer le pouvoir d’achat lié à leur voyage pour consommer plus pendant leur séjour, ou se permettre un nouveau séjour – en TGV – dans quelques semaines. On est dans le domaine du collaboratif dans le bon sens du terme, à savoir faire de ses biens une source de revenu pour augmenter sa capacité de consommation de loisirs.

Le calcul est encore une fois simple pour VSC. Une augmentation des dépenses de loisirs au global ne peut que lui être bénéficiaire : Voyages-SNCF est le premier site de voyage en audience en France, et la France desservie en majorité par TGV est la première destination de séjour pour les Français. On n’ira pas jusqu’à dire que l’offre Airbnb/VSC tourne en cercle fermé, mais on n’est pas loin du 100% de bénéfice pour l’opérateur. Et encore une fois, le positionnement du partenariat est en parfaite logique avec l’image que veut se donner VSC sur le secteur économique : un facilitateur de séjour.

Seul écueil, les hôteliers. A l’annonce du partenariat, surtout avec Airbnb, les protestations de beaucoup d’acteurs de l’hôtellerie se sont fait entendre. VSC est bien entendu accusé de faire le jeu de la concurrence, d’aider le loup à s’installer un peu plus dans la bergerie… La protestation des acteurs de l’hospitality face à l’économie collaborative avait déjà fait des vagues en octobre dernier. Elle continue à faire parler d’elle. Mais honnêtement, on peut douter qu’elle fasse changer les choses !

A propos François Houste 418 Articles
Ange Gardien Numérique Ancien journaliste et chef de produit en hébergement digital. Aujourd'hui Directeur Conseil au sein d'une agence marketing. François travaille avec ses clients à mieux appréhender la révolution numérique et son impact sur le quotidien. Technophile, enthousiaste, nourri de web, de fun et de musique.
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