28 avril 2017

#Startups : Sky-Boy mèle technologie et émotions avec la Réalité Superposée

2016 serait l’année de la démocratisation de la Réalité Virtuelle. C’est en tout cas ce que semble penser de nombreux analyses technologiques. Il est vrai que les dernières annonces autour de ces technologies ont fait couler beaucoup d’encre. On évoquait ici même en septembre les dernières avancées technologiques sur le secteur touristique. Depuis, les annonces se sont multipliées et Occulus Rift a par exemple ouvert ses précommandes lors du dernier CES.

Pour autant, si on parle énormément des technologies, on parle assez peu des changements narratifs qu’implique la Réalité Augmentée. Et pourtant… Toujours lors du dernier CES, l’acteur américain Kevin Spacey – House of Cards, American Beauty… – évoquait la VR comme une révolution narrative majeure et une façon totalement nouvelle de penser les films et les histoires ! C’est un peu avec cette même philosophie que la start-up qu’on présente aujourd’hui, Sky-Boy, aborde son concept de Réalité Superposée :


Sky-Boy a été créée par d’anciens professionnels du cinéma et de la production vidéo… et c’est sans doute cela qui change tout l’approche qu’ils offrent au secteur. Loin de se reposer uniquement sur l’approche technologique de la Réalité Augmentée, ils entendent utiliser ce nouvel outil pour véhiculer plus d’émotions. D’où une démarche de Réalité Superposée – un concept déposé – qui peut sembler simple mais à laquelle il fallait penser !

Ici, pas de développement 3D complexes comme on a pu le voir à de nombreux endroits. Pas de captation complexe non plus. Enfin, pas forcément… Le coeur du développement de Sky-Boy est mis sur l’humain et vise à associer une histoire à un lieu.
La démonstration de Soldat Léon, commanditée par l’Office de Tourisme de Ouistreham, est très représentative de l’approche. Sur le lieu réel du débarquement du 6 juin 1944, un vétéran de la seconde guerre mondiale raconte son débarquement au milieu d’une reconstitution des combats. Le visiteur ne peut pas se déplacer librement dans l’endroit, mais est projeté au milieu des évènements de 1944. C’est le récit qui compte et la captation du spectateur.

ETFS - 201601 - SkyBoy 02

A partir de ce parti-pris narratif, toute exploitation est possible. On peut raconter un évènement historique, refaire vivre une compétition sportive, commenter un musée, guider dans un grand magasin. L’important n’est pas tant d’emmener le visiteur ailleurs, il est avant tout de compléter et d’enrichir – émotionnellement – son expérience. Et enrichir l’expérience du consommateur, c’est lui donner des chances supplémentaires de raconter, partager et devenir ambassadeur. Réfléchie de cette façon, la Réalité Superposée peut se poser au coeur des stratégies du Marketing de l’Enthousiasme.

En remettant réellement du contenu au coeur de la technologie de Réalité Augmentée, Sky-Boy décuple en fait sa puissance et ses possibilités !
Vincent Burgevin, l’un des créateurs du concept et fondateur de Sky-Boy, raconte tout cela de très belle manière. On vous laisse donc déguster son interview :

eTourisme Feng Shui : Comment est née l’idée de SkyBoy ?
Vincent Burgevin
: En tant que réalisateur et scénariste, j’ai mis en scène de nombreuses fictions pour le cinéma et la télévision. Un jour je découvre la « Réalité Augmentée ». Ayant toujours eu la volonté d’innover dans le monde de l’audiovisuel, je vois dans cette technologie une nouvelle manière de raconter des histoires. Des histoires à vivre non plus dans une salle obscure ou sur le canapé du salon, mais véritablement dans le réel ! Cette nouvelle technologie permettrait-t-elle de générer un nouveau type d’émotion ? … Et bien absolument pas ! La Réalité Augmentée en est totalement incapable car elle comporte de trop nombreuses contraintes techniques. Mais la réflexion était lancée et donnera naissance à une alternative extrêmement convaincante : la Réalité Superposée.
Mon associé, François-Xavier Goemaere, en tant que spécialiste des territoires, réfléchit depuis des années à la meilleure manière d’inviter les publics, et en particulier les plus jeunes, à sortir de chez eux, à décoller le nez de leurs écrans pour aller à la rencontre de la richesse du monde réel. Mais comment lutter face à la puissance des outils numériques ? Comment rendre attractif le monde réel lorsque les mondes virtuels apportent d’incroyables expériences émotionnelles ?
Notre rencontre autours du projet de Réalité Superposée permet de réunir deux mondes qui s’opposent depuis des décennies : d’un côté la télévision et les outils numériques qui offrent d’incroyables expériences virtuelles mais isolent de plus en plus du monde réel. De l’autre, le monde réel, berceau des cinq sens, mais souvent considéré comme limité par les jeunes générations qui lui préfèrent souvent les émotions générées par les outils numériques.
En mettant au service du monde réel la puissance narrative des outils numériques, nous créons un paradigme inédit et donnons naissance à un nouveau type d’expérience sensorielle.

eTFS : Comment décririez-vous votre concept en 3 points ?
VB : La Réalité Superposée est une alternative à la Réalité Augmentée car plus simple à mettre en oeuvre, de meilleure qualité et moins coûteuse.
Nous tournons une scène à l’aide d’une caméra à 360° puis nous invitons le spectateur à se rendre à l’endroit exact où cette scène a été tournée. Une fois arrivé au bon endroit, il pointe son Smartphone ou sa tablette devant lui et se retrouve immergé dans l’histoire.
Mais attention, il ne s’agit pas de regarder de simples vidéos à l’endroit où elles ont été tournées. L’expérience va bien plus loin car en donnant l’impression au spectateur d’être en train de filmer, nous provoquons chez lui un extraordinaire sentiment d’immersion.
Sky Boy ayant breveté la Réalité Superposée, elle est la seule société habilitée à créer ce type d’expérience.

eTFS : Que peut-on imaginer comme concepts narratifs ou services autour de votre technologie ?
VB : Dans le secteur du tourisme : vous visitez la chambre de Louis XIV à Versailles et vous pointez votre Smartphone vers le lit du roi, comme pour le filmer. Devant vous, le lit est vide, mais sur votre écran, le roi y est allongé. Vous pivotez sur vous-même et vous découvrez la famille du roi qui vous entoure. Comme vous elle assiste à son levé.
Dans le milieu du retail : nous réenchantons un point de vente. Nous immergeons le visiteur d’un magasin dans une histoire ou une chorégraphie onirique qui se déroule à l’endroit exact où il se site et à 360° autour de lui. Nous pouvons aussi faire apparaitre une célébrité (grand couturier, blogueuse, grand footballer, etc…)
Dernier exemple : vous êtes sur la route du tour de France, mais la compétition est terminée depuis maintenant plusieurs mois… Vous visez la route avec votre Smartphone et voyez les coureurs surgir, entourés par la foule qui les acclame. Vous êtes immergés dans l’ambiance de l’événement, comme si vous y étiez… Lorsque vous vous arrêtez sur la place du village voisin, vous assistez au podium d’étape et vous voyez le lieu tel qu’il était au moment de l’événement.

eTFS : On parle énormément de réalité augmentée dans le secteur du voyage depuis 18 mois, quelle est votre vision de ce secteur ?
VB : Je suis très critique sur les expériences de Réalité Augmentées, car souvent, passé le premier effet « whaou », il ne reste plus grand chose. Nos clients et prospects refusent de plus en plus les expériences de Réalité Augmentée car trouvent cette technologie trop lourde à mettre en place, pour un résultat esthétique parfois médiocre. La Réalité Augmentée est incapable de faire apparaitre de l’humain, donc incapable de raconter une histoire et de créer une émotion. En tant que scénariste et réalisateur, je considère qu’une technologie, aussi innovante soit-elle, doit toujours rester au service d’une histoire.

eTFS  : La technologie Skyboy, et les dispositifs de VR, vont-ils selon vous devenir grand public ?
VB : La Réalité Virtuelle va sans aucun doute devenir grand public pour les jeux vidéos et les clips musicaux. Je suis par contre plus sceptique sur le fait qu’elle puisse permettre une véritable narration. Lorsqu’un spectateur porte un casque de Réalité Virtuelle, il dirige son regard où il le souhaite. C’est totalement contradictoire avec le principe même de narration. Dans une oeuvre de fiction classique, c’est le réalisateur qui donne la direction grâce à l’axe de caméra, les valeurs de plan, le rythme du découpage. C’est justement parce que le spectateur est passif face aux images qu’il se retrouve littéralement « embarqué » dans l’histoire. Si nous lui donnons trop de liberté, il devient actif et perd son statut de spectateur. L’émotion est alors beaucoup plus difficile à générer.
La Réalité Superposée de Sky Boy a vocation à devenir grand public car nous allons d’ici quelques mois permettre à tout un chacun de créer ses propres expériences de Réalité Superposée à l’aide d’un simple Smartphone.

eTFS : C’est quoi le modèle économique derrière tout ça ?
Pour la partie production : Nous fonctionnons comme une société de production audiovisuelle classique. On nous donne un budget pour que nos auteurs écrivent le scénario, pour organiser le tournage et faire la post production. Nos équipes sont des professionnels issus du monde du cinéma et de la télévision.
Pour la partie application : le client paye un abonnement pour que ses vidéos de Réalité Superposées soient accessibles sur les stores Apple et Android.

eTFS : Quelles sont les prochaines étapes de développement ?
VB : Nous développons une plateforme SaaS permettant à d’autres producteurs de s’approprier notre technologie et pouvoir la proposer à leurs clients.

A propos François Houste 418 Articles
Ange Gardien Numérique Ancien journaliste et chef de produit en hébergement digital. Aujourd'hui Directeur Conseil au sein d'une agence marketing. François travaille avec ses clients à mieux appréhender la révolution numérique et son impact sur le quotidien. Technophile, enthousiaste, nourri de web, de fun et de musique.
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